Abdoulaye Daouda Diallo

Après la décision du président de la République, mercredi, en Conseil des ministres, de confier une partie (30 ha) de l’assiette foncière de l’aéroport de Yoff à la Caisse des dépôts et des consignations (Cdc) pour valorisation, le ministre des Finances et du Budget a expliqué cette mesure sur le plateau de la Rts. Selon Abdoulaye Daouda Diallo, il s’agit juste d’une partie (30 ha sur les 60 disponibles) parce que l’aéroport restera en exploitation. Concernant le choix de la Cdc pour valoriser cette réserve, il soutient que c’est «par simple souci d’équité et de transparence». L’Etat espère récolter 60 milliards de FCfa de la vente des terrains (par appel d’offres à des Sénégalais), dont 20 milliards seront affectés au programme des 100.000 logements sociaux.

Pour ce qui est des 30 ha restants, ils serviront «à régler un certain nombre de contentieux» notamment à dédommager les habitants des deux cités Tobago dont les maisons ont été rasées pour occupation illégale du domaine de l’aéroport, en plus «d’autres affectations qui ont été demandées par des Sénégalais s’estimant être lésés dans leurs droits». Profitant de cette tribune, l’argentier de l’Etat a défendu la politique foncière du Président de la République. «On ne peut pas prêter au chef de l’Etat d’être dans la spoliation», soutient-il, se disant «meurtri et dépité à la fois» par les accusations sur de présumés scandales fonciers contre le régime de Macky Sall.

Restant dans la même ligne de défense que les autres membres du gouvernement, il explique que l’essentiel des attributions qui ont été faites le long du littoral ouest l’ont été avant l’arrivée du président Sall au pouvoir en 2012, par des maires majoritairement de l’opposition. Idem pour la bande des filaos qui également fait beaucoup parler d’elle. «Le président Macky Sall n’en est pour rien», soutient le ministre.

Une loi de finances rectificatives pour rester «dans les normes»
Le même souci de transparence justifie, d’après le ministre, la loi de finances rectificatives (Lfr) adoptée par ordonnance par le chef de l’Etat. Parce que, dit-il, «quelle que soit l’urgence, nous ne pouvons travailler sans le respect des procédures budgétaires édictées au Sénégal». Cette Lfr vise «à changer de priorités et de doter les quatre piliers du Plan de résilience économique et sociale (Pres) de montants conséquents dans le cadre du budget de l’Etat». Le projet de loi sera soumis à l’Assemblée nationale après la fin de la loi d’habilitation pour «ramener tout cela dans les normes», précise M. Diallo.

Après une année 2019 «exceptionnelle», où tous les indicateurs de l’économie étaient au vert, la crise de la Covid-19 a durement touché l’économie sénégalaise, comme les autres pays. Au meilleur des cas, le Sénégal va éviter la récession et le déficit public atteindra 6,1 % (projection de la Lfr). Heureusement, les critères de convergences sont actuellement suspendus sur instruction des chefs d’Etat de l’Uemoa et un moratoire a été obtenu sur le paiement de la dette.

Mais, d’après le ministre des Finances, malgré la sévérité de la crise, les fondamentaux de l’économie «sont là». Et, avec une projection de croissance de 1,1 % du Pib (Fmi), le Sénégal serait l’exception en Afrique, avec la Côte d’Ivoire, parce que tous les autres pays seront en récession. Mais, au rythme où vont les choses, «il y a des chances qu’on aille vers une récession comme tout le monde», concède Abdoulaye Daouda Diallo. En dépit de ce tableau sombre, il dit avoir confiance au Pres pour une reprise de l’économie. Quant à l’émergence, le cap de 2035 reste maintenu.

LeSoleil.sn