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FMI et Sénégal

Accord entre le FMI et le Sénégal : Séduction compulsive au prix d’ajustement structurel ?

Constitué de 189 pays, le FMI est une institution financière multilatérale qui surveille le système monétaire international et qui accorde des prêts aux pays demandeurs.


Les prêts sont octroyés en contrepartie d’une mise en exécution de réformes consolidantes allant dans le sens de résister aux chocs. À titre illustratif, pour venir en aide à certains pays insolvables qui ont perdu la confiance des investisseurs et partenaires financiers, le FMI propose un plan d’ajustement structurel. Ce dernier est un ensemble de dispositions résultants de négociations entre le pays en besoin de financement et le FMI, destiné à relancer la croissance économique et à rétablir les équilibres macroéconomiques et budgétaires. Ces dispositions, fidèles au consensus de Washington, sont : la réorientation des dépenses publiques vers des secteurs à fort retour sur investissement, le désengagement progressif de l’État, la privatisation des entreprises parapubliques et les réformes fiscales.
Le conseil d’administration du FMI est composé de 24 pays ou groupes de pays choisis selon leurs puissances relatives dans l’économie mondiale.
Le FMI peut dans certains cas, comme dans le cadre de l’ICPE, développer des programmes sans décaissements axés sur des assistances techniques qui permettront aux États de gagner la confiance des partenaires financiers.

EN QUOI CONSISTE L’ICPE ?

L’accord entre le FMI et le Sénégal doit permettre à ce dernier de bénéficier de l’Instrument de Coordination des Politiques Économiques (ICPE) du Fonds. Il doit encore être approuvé par le Conseil d’administration du FMI d’ici mi-décembre 2019, a dit à la presse Corinne Deléchat, qui a conduit la mission du Fonds à Dakar en Septembre. L’ICPE est un instrument introduit par le FMI en 2017 pour soutenir les pays qui veulent bénéficier de l’accompagnement du FMI dans le cadre d’un programme, mais qui n’ont toutefois pas besoin d’un soutien financier de l’Institution. Le programme accompagnera la mise en œuvre de la seconde phase du Plan Sénégal émergent (PSE) et vise notamment à atteindre une croissance soutenue et inclusive, tirée principalement par le secteur privé, et à renforcer la stabilité macroéconomique par le maintien de la viabilité des finances publiques et la gestion prudente de la dette. Il s’inscrit dans la continuité du programme ISPE qui a rencontré des difficultés en 2017 dans le contexte d’une hausse soutenue des prix mondiaux du pétrole alors que les prix intérieurs de l’énergie sont restés stables. Si l’objectif fixé pour le déficit budgétaire à fin 2017 a été atteint, une mobilisation insuffisante des recettes a conduit à la réduction des dépenses publiques et aux retards dans les paiements à la compagnie publique d’électricité et au secteur privé. L’objectif relatif au financement net global de l’administration centrale n’a quant à lui pas été respecté.
L’ICPE a une durée d’application de 3 ans et d’après le FMI, les engagements pris par les autorités sénégalaises visent aussi une gestion «transparente» des récentes découvertes d’hydrocarbures.

UNE CROISSANCE ÉCONOMIQUE QUI N’EN A QUE LE NOM.

D’après l’analyste de Bretton Woods, à moyen terme les perspectives économiques du pays sont « favorables, la croissance devrait passer de 6 % en 2019 à 7 % en 2020-21, tirée par l’investissement privé, avant de connaître un nouvel élan avec le début de la production commerciale des hydrocarbures en 2022. Le déficit de la balance courante doit en revanche augmenter jusqu’à 2021 du fait des importations nécessaires pour la construction des projets d’hydrocarbures, mais il devrait baisser avec le démarrage de la production et de l’exportation du pétrole et du gaz. Tout ceci augure de belles choses pour l’économie du pays mais passe forcément par une augmentation des recettes fiscales afin de répondre aux grands projets de construction et d’aménagement concourant à l’émergence.
Notre pays est dans un rythme de croisière concernant son taux de croissance mais pour dynamiser cette croissance et la rendre inclusive, on devrait penser à motiver le secteur privé à s’émanciper, l’État ne devrait pas être le 1er pourvoyeur d’emplois ni principal moteur de l’activité. Dans un pays où 64% des PME meurent avant 3 ans d’activité. Nous pensons qu’il est nécessaire voire primordial de réduire l’imposition moyenne sur le secteur privé qui actuellement à hauteur de 48% en représente l’une des contraintes majeures de formalisation, afin de privilégier la compétitivité et la concurrence.
Fait non négligeable, cette sortie du FMI se focalise essentiellement sur les perspectives de croissance du Sénégal mais on pense qu’il est important de noter que croissance ne rime pas souvent avec développement, la croissance est une notion quantitative et non qualitative. En effet, avec un taux de croissance de 6% jugé acceptable, le Sénégal est toutefois logé dans le club des « 25 pays les plus pauvres ». Notre pays souffre de problèmes cruciaux dans des domaines qu’on pourrait juger comme primordiaux pour la satisfaction des besoins vitaux des populations comme entre autres la santé et l’éducation qui souffrent de manques cruels de ressources de fonctionnement, on a aussi une insuffisance en ressources humaines et physiques, les retombées économiques du PSE sont souvent défiscalisées, la gestion des finances publiques reste à désirer, la mauvaise gouvernance et surtout des politiques non conformes aux réalités socio-économiques du pays.
Mais ce que cette mission d’observation ne révélera pas, c’est bien l’origine de cette croissance. Le structure productive du Sénégal révèle certaines particularités propres aux PMA dont nous faisons partie : un secteur agricol et un secteur industriel moins importants en valeur relative que le secteur des services. Or, ce dernier est pour l’essentiel sous le monopole quasi total de sociétés à capitaux étrangers. Grande distribution, hydrocarbures, telecommunication, services autoroutiers,… aucun de ces porteurs de notre croissance économique n’est sénégalais. Par conséquent, le si loué taux de croissance du Sénégal n’est rien d’autre qu’un “bénéfice des grandes entreprises considéré comme un outil de développement économique” pour rejoindre le professeur Meissa Babou. Et sachant que ces bénéfices extravertis sont dans tous les cas destinés à être rapatriés à l’étranger, voir les experts du FMI saluer les “performances” de l’économie sénégalaise ne peut que nous surprendre. Car en même temps, le secteur agricole ne représente que 17,5% du produit intérieur brut même s’il emploie plus de 50 % de la population active. De plus, comme la pêche et l’élevage, l’agriculture sénégalaise utilise des moyens de production particulièrement archaïque, a un besoin cruel d’investissements matériels et dépend toujours autant des aléas de la pluviométrie.
Quant au secteur industriel, il est quasiment inexistant. Le tissu industriel sénégalais est en effet ridicule malgré les ressources relativement importantes dont dispose le pays. Et les quelques entreprises de transformation minières sont, là encore, entre les mains des multinationales étrangères.
Au vus de tous ces problèmes structurels que rencontre notre pays, parler d’une croissance économique inclusive devient dès lors une aberration de la part de ceux qui sont censés nous accompagner dans notre processus de développement. Et cela est encore plus saillant lorsqu’on regarde les finances publiques sénégalaises de plus près.

DES FINANCES PUBLIQUES EN GRANDE DIFFICULTÉ ET UNE DETTE DE PLUS EN PLUS INSOUTENABLE.

 

Fait visible à tous, le Sénégal est un pays qui ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de dépenser. Pour un pays dont les recettes ne dépassent pratiquement jamais les dépenses, l’urgence est à la rationalisation des décaissements. Il est évident qu’un gouvernement est amené à réaliser des dépenses dans son fonctionnement, l’État doit supporter le poids de la fonction publique, des différents ministères, des agences et autres institutions liées à l’administration publique. Mais nous pensons que notre pays, dans sa situation actuelle ne peut se permettre de continuer cette folie dépensière. Le Président S.E. Macky Sall a engagé une croisade non négligeable contre la gabegie financière en réduisant le train de vie des ministères diminuant ainsi beaucoup de privilèges qui leur étaient attribués. Dans la même foulée, une réduction du traitement des députés, des conseillers du CESE et des Haut-conseillers du HCTT s’impose sans oublier les subventions démesurées attribuées ne répondant pas vraiment aux critères d’éligibilité. Ces mesures sont toutefois insuffisantes quand on se rend compte que le Sénégal compte énormément d’Institutions budgétivores qui représentent en réalité des récompenses aux alliés politiques du pouvoir en place.
Selon la mission du FMI, le programme soutenu par l’ICPE vise à « la viabilité des finances publiques et la gestion prudente de la dette ». En réalité, les finances publiques sénégalaises sont au plus mal. En effet, la pauvreté et l’inefficacité de l’administration et des sociétés publiques sont telles que le gouvernement s’est senti obligé d’augmenter les dépenses publiques pour financer les pertes subies par des sociétés comme la SENELEC, La Poste, ou bien d’amadouer un électorat qui fait les frais de sa politique « économicide », des initiatives aux antipodes des préconisations du FMI.
De plus, notre pays est carrément mis en coupe réglée par des hauts fonctionnaires et des dirigeants au rendement vraiment minuscule. Ce concours d’évènements explique alors partiellement le déficit public passé à 3,5 % du PIB en 2018, et le ratio Dette publique/PIB devenu supérieur à 50 %.
Mais alors que la perspective d’un avenir meilleur est avancée par le FMI avec les récentes découvertes d’hydrocarbures, la salve d’engagements obtenus par le président Macky Sall à l’issu du Groupe consultatif de Paris de décembre 2018 ne laisse aucune place aux faux espoirs. L’Etat sénégalais a en fait obtenu quelques 14 milliards de dollars de promesse de financements de la part des bailleurs institutionnels pour la phase 2 du PSE. Autrement dit, plus de 8.000 milliards FCFA, donc des sommes bien plus conséquentes que celles annoncées à Paris en 2014 vont venir s’ajouter à un stock de la dette publique déjà arrêté à 7.137,4 milliards FCFA à la fin de l’année 2018. Au même moment, les intérêts sur la dette ont progressé de 12,5 % pour atterrir à 263,2 milliards FCFA (source DPEE).
Toutefois, la dette en tant que telle n’est pas le problème. C’est plutôt l’utilisation qui en est faite qui inquiète les sénégalais. Si cette dette colossale avait été employée à bon escient, la problématique de son remboursement futur ne serait peut-être pas à l’ordre du jour. Sauf que c’est un problème immédiat qui ne sera pas facile à résoudre. En effet, les recettes fiscales, principales sources de revenu de notre pays, ne suffiront jamais à assurer le service de la dette. Exemptions fiscales pas forcément réfléchies, dépenses fiscales irrationnelles, évitement de l’impôt notamment avec l’évasion fiscale, gestion calamiteuse de l’administration fiscal,… autant de raisons qui expliquent les contre-performances de notre fiscalité.
Pour accroître ses avoirs fiscaux, l’État du Sénégal se trouve dans une situation délicate qui exige des réformes structurelles afin de pérenniser le système fiscal du pays. Ceci d’autant plus que le FMI incite (le mot étant trop poli) nos gouvernements à ouvrir davantage nos marchés à l’extérieur en réduisant ou même en éliminant les droits de douane, pourtant si vitaux à nos finances publiques. Et triste ironie des évènements, c’est ce même FMI qui conseille au Sénégal d’élargir son assiette fiscale pour « créer un espace budgétaire pour le financement des infrastructures… » !

HYDROCARBURES: DEMOCRATISER LE COS/PETROGAZ.

Selon la cheffe de mission du FMI, l’ICPE cible également la mise en place d’une gouvernance transparente des ressources issues de l’exploitation des récentes découvertes d’hydrocarbures.
Après la réforme constitutionnelle du 20 Mars 2016, reconnaissant de nouveaux droits aux citoyens dont le droit sur les ressources naturelles,l’Etat du Sénégal a créé le comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (COS/PETROGAZ) pour favoriser l’exploitation optimale de nos ressources pétrolières et gazières au bénéfice des population en assistant le président dans la définition de la politique de développement du secteur pétrolier et gazières et d’assurer le suivi de la mise en oeuvre. De ce fait, en sus d’être membre de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives), le Sénégal n’a rien à attendre du FMI en matière de gouvernance des hydrocarbures. Conformément à l’article 25-1 de la constitution “Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elles sont utilisées pour l’amélioration de ses conditions de vie. L’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence et de façon à générer une croissance économique, à promouvoir le bien-être de la population en général et à être écologiquement durables”, l’AGES suggère l’ouverture des portes du COS/PETROGAZ, composé de l’État et de technocrates, à l’opposition, à la société civile, aux familles religieuses et coutumières, de par des critères de sélection objectifs basés sur la compétence et la probité, pour faire de nos ressources naturelles une bénédiction, gage de paix et prospérité.

Tout compte fait, le débat séculaire sur les relations asymétriques qu’entretiennent le FMI et les états africains, le nôtre en particulier, continuera d’être animé. Mais cette asymétrie est à double tranchant, dans la mesure où les détracteurs de cette organisation supranationale ne sont pas à court d’arguments pour mettre à mal ces fameux programmes économiques.
Car si le FMI se permet de désigner le Sénégal comme un bon élève en matière de finance publique avec tous les déboires du régime actuel en lui collant l’étiquette de l’ICPE, quelle crédibilité pourrait-on objectivement accorder à celui-ci ? D’autant plus que le lourd passif du Fonds monétaire international en matière de politique de redressement économique montre à quel point les programmes d’ajustement qu’il a littéralement imposés à la plupart des pays en développement (notamment en Afrique et en Amérique Latine) ont été à tous les points catastrophiques. D’ailleurs, les signaux montrent que les problèmes qui ont gangrené l’exécution des programmes promus par le FMI sont toujours d’actualité.


Et face au risque latent d’un nouvel échec, une question essentielle devrait préoccuper les sénégalais : dirigeons nous vers un nouveau programme d’ajustement structurel ?


Fait à Dakar,le 07 Octobre 2019.
Le comité de coordination.

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