Adama Gaye

L’archipel d’un goujat

À mes followers dont un certain Macky SALL...

Dans sa citadelle assiégée, englouti au milieu de ses malversations financières démasquées, le rapidement delegitimé Secrétaire-general du Syndicat des journalistes sénégalais (Synpics), tel un anthropophage en délires a donc lâché le mot qui l’incrimine davantage.

“Si on te remets en taule, j’aurais la même attitude que la première fois”, éructe-t-il, dans un moment de confession publique glaçante.

Je n’aime pas personnaliser les débats mais il est impossible de passer sous silence cette sortie sous pression de celui qui est surgi d’on-ne-sait où pour capturer les leviers de commandes d’une profession désacralisée et en profonde crise.

Propre instinct
Terrible aveu! Qui confirme ce que je soupçonnais grave quand, contre mon propre instinct et l’avis de mes avocats, j’avais, par magnanimité, consenti à le recevoir, en compagnie du patron d’un site virtuel qui avait servi de relais aux charges portées contre ma personne pour tenter de justifier la détention arbitraire dont je faisais l’objet depuis 5 semaines à la prison de Rebeuss. J’avais eu envie de les renvoyer paître, quand, de guerre lasse, par l’entremise d’un de mes cadets dans la profession, mon accord fut donné de rencontrer celui qui avait eu le toupet de me dénier, contre toute logique, mon statut de journaliste. Privé de liberté et donc inapte à remettre les pendules à l’heure, je n’avais d’autre option que de ruminer ma colère.
C’est dire que la visite, étrangement tenue dans le bureau du directeur de la prison dans une louche familiarité, fut un de ces moments de grande hypocrisie sur fond d’une hilarité encore plus cynique.
Je fus sur le point de sortir à mes deux visiteurs la formule de Maurice Clavel jetée à la face de ses intervieweurs de la télévision française inféodés au pouvoir d’alors de Valéry Giscard-D’Estaing: “je vous salue, Messieurs les censeurs !”, avant de les laisser en plan avec leur “ami” de l’Administration pénitentiaire.
Dieu merci que je n’en fis rien. Ce jour-là, j’avais compris qu’une carrière de comédien pouvait être une alternative à celle qui était illégalement bridée dans mon parcours.
À ma libération, sur laquelle je ne leur reconnus aucune contribution, les pendules furent certes remises à l’heure, et, ayant épuisé les charmes du journalisme, je fus à l’aise pour m’en détacher avec sérénité tant le comportement degueulasse, collaborationniste, d’une profession, hier respectée, aujourd’hui soumise, n’avait révulsé. N’avoir pas eu le cran, une seule fois, de s’ériger en bouclier contre le musellement de la liberté d’un de ses membres les plus connus, et de l’avoir pilonné en cachette pour l’enfoncer, avaient suffit pour m’en révulser.

Falsifications
Or, voilà que le destin, toujours au rendez-vous, fait sortir publiquement les cafards, c’est-à-dire les falsifications frauduleuses, criminelles, justiciables d’un procès, de celui qui, du haut de sa tour du commandeur des vertus et des normes, se faisait le porte-drapeau de la thèse injuste de mon bannissement d’une profession où je l’ai précédé d’une vingtaine d’années au moins.
Cruel retour de bâton ! Sanction divine. Alors tous se demandent comment il peut encore, sous les feux ardents de sa compromission, continuer de trôner à la tête du syndicat des journalistes qu’il entache, le mot de trop lui est donc sorti hier de la bouche.
“Si on te remets en taule...”, croit-il bien dire, en l’écrivant dans un assaut d’angoisse perceptible. C’est un grave aveu qui me contraint de prendre à témoins les milliers de personnes que vous êtes (13000 followers et beaucoup plus qui ne s’affichent pas!) afin que le monde entier mesure la gravité de ce qui se passe au Sénégal.
Car non content d’avoir commis l’irréparable et massive bourde de me jeter arbitrairement en prison, comme je le raconte dans mon livre: Otage d’un État, voici qu’un goujat, réduit dans son archipel, semble vouloir souhaiter ou brandir la menace d’une nouvelle illégitime prise d’otage étatique de votre serviteur.
En raison de ses relations douteuses, suspectes, adultérines, avec les forces de répression et de prédation ayant capturé l’état du Sénégal, devenu aussi narcotrafiquant que terroriste, d’où son nouveau nom Senedaesch, comment pourrais-je me permettre de prendre à la légère ce qui sonne comme un aveu inconscient de sa part.

Pouvoir déboussolé
Que le monde entier le sache: je fais face à un pouvoir, déboussolé, en faillite et désespéré, dans sa folle envie de me faire taire, quitte à me tuer par tous les moyens, y compris ceux de la torture dont j’ai raconté, sans être démenti, combien elle sévissait dans les prisons du pays!
Qu’un goujat expose maladroitement ses plans n’est qu’une facette d’un État monstrueux assimilable à ses prédécesseurs à l’image de l’Allemagne nazie, de l’Italie fasciste, de l’URSS Stalinienne, de l’Amérique raciste ou encore de la ségrégation raciale institutionnalisée en Afrique du Sud sous le terme apartheid.
Ce n’est pas être excessif que de faire ce constat: l’état du Sénégal est en train de déraper. Il devient dangereux. Incontrôlable. Criminel. À seule fin de couvrir les frasques privées et publiques de ses dirigeants avec l’aide de petits collaborateurs chargés des fourneaux et détourneurs de miettes, à l’instar du patron d’un syndicat de presse désormais pris par ses émotions et délires, sa peur!
Ce matin, en plus d’informer le monde entier, non seulement de ma détermination à rentrer librement dans mon pays, je mets solennellement en garde Macky SALL et ceux qui lui servent de serpillère: vous êtes responsables de ma sécurité, de mon intégrité physique et morale.

Merci Bamba Kassé: jeuffrou amnaa ndieurigne, traduction : les délires, ça peut être utile!

Adama Gaye, Le Caire, 21 février 2020

Ps: Otage d’un État, publié sous ma plume aux Éditions l’harmattan, détaille Le dérèglement judiciaire, la criminalisation de la justice et de la gouvernance publique du Sénégal sous Macky SALL. Lisez le et faites le lire !