Macron et Biya

« Je vais appeler la semaine prochaine le président Biya et on mettra un maximum de pression pour que cette situation cesse » Cette petite phrase de Emmanuel Macron, prononcée samedi 22 février 2020 au Salon de l’Agriculture, en réponse à la question d’un activiste de la Brigade anti-sardinards (Bas) sur la situation en zone anglophone, a irrité à Yaoundé. Jamais Paul Biya, au pouvoir depuis 1984, n’a fait l’objet d’une ton aussi direct de la part d’un président Français.

Faut-il conclure qu’avec la tuerie de Ngarbuh dans le Nord-ouest du Cameroun, l’Elysée se soit résolu à exercer des pressions supplémentaires sur le président Biya, à la tête d’un pays central dans l’échiquier du dispositif français en Afrique? Loin du langage convenu d’un François Hollande, l’actuel président, semble par moment s’affranchir d’une langue de bois bassinée sous forme d’éléments de langage par les services de Franck Paris, un Jeune monsieur Afrique nettement gêné sur le terrain par les réseaux plus classiques de Jean-Yves le Drian.

« Je ne veux pas qu’on se voit à Lyon tant que j’ai un kamto pas libéré », a-t-il révelé sur la libération du principal opposant à Paul Biya libéré en octobre 2019 après 10 mois de prison. Des propos qui ne manqueront pas de susciter l’indignation des souverainistes africains et camerounais qui font feu de tout bois avec le concept de la non ingérence. Emmanuel Macron en est en tout cas conscient : «La France a un rôle compliqué en Afrique, quand la France dit : ‘tel dirigeant n’a pas été démocratiquement élu’, les Africains nous disent ‘de quoi vous mêlez-vous?’… Moi, je mets la pression sur chacun; je travaille avec l’Union africaine pour mettre la pression« , a ajouté Emmanuel Macron, en faisant valoir que « ce n’est pas la France qui peut faire la démocratie au Cameroun, ce sont les Camerounais« .

Le 14 février peu avant l’aube, des hommes armés – 40 à 50 portant tous des uniformes de l’armée et certains masqués, selon des témoignages recueillis par des travailleurs humanitaires contactés par l’AFP – ont attaqué le quartier de Ngarbuh, dans le village de Ntumbo, puis ont tué par balle et brûlé des habitants. Selon l’ONU, qui a demandé une enquête indépendante et impartiale, 15 enfants dont neuf âgés de moins de cinq ans, font partie des 23 victimes, dans la partie anglophone du pays.

Depuis 2017, le conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest peuplées principalement par la minorité anglophone camerounaise a déjà fait plus de 3 000 morts et 700 000 déplacés.